A toi,

A toi qui ne poses pas de questions, qui n'arrives pas à prendre Gaspard dans tes bras, ou qui ne t'en approches pas. A toi qui n'oses pas, je t'écris aujourd'hui. A toi qui n'aimes pas entendre parler de lui, parce que le simple fait d'aborder le sujet te renvoie à tes propres faiblesses, ou t'innonde d'un cocktail d'émotions désagréables que tu préfères éviter, n'aie pas peur. Et si jamais, tu crois que le simple fait de l'évoquer t'emmènera dans les abîmes de ton coeur, n'aie pas peur. A toi qui ne dis plus rien, parce que tu ne le (ou ne nous) comprends pas, laisses venir tes sentiments d'autrefois. Partages ton quotidien avec nous. Gaspard t'entends, et t'attends.

Aie de la compassion pour ce mini-compagnon. Mais ne ressens pas de pitié pour ce qu'il pourrait être ou ce qu'il aurait dû être. Imagine bien que lui ressent tout ce que tu penses. A ta peur, il répond par son mutisme. A ton angoisse, il fermera les yeux, et basculera en mode veille. A tes interrogations, il se verrouillera de l'intèrieur, sans pouvoir répondre à tes questions. Dans tes bras désarmés, il n'ira pas bien et pourra pleurer.

Ne ferme pas tes bras, ouvre-les pour lui apporter tout l'amour dont tu es capable. Il croit en toi. Sa vie est différente par la maladie, mais elle n'en est pas moins belle. Sois en sûr. Si tu en es persuadé, lui le sera aussi, car il s'abreuve et se nourrit de toi et de tes bras qui le portent. Il y trouvera refuge pour s'endormir, et être câliner. Gaspard a besoin de toi pour entendre des chants, des histoires, des secrets murmurés dans le creux de l'oreille. Il a besoin de toi pour que tu lui montres que la vie mérite d'être vêcue jusqu'au bout, alors même qu'il tousse beaucoup, et se dégage l'oesophage comme un grand bébé. Parfois ses muscles se tendent au maximum, imagine un chat qui s'étire. Lui pleure quelques fois, parce que ses musles s'allongent tout d'un coup nerveusement, et que son cerveau ne reçoit pas correctement l'information. Alors imagine la branche d'un arc qui se tend et se relâche, il exprime par ses cris qu'il ne maitrise pas parfaitement son corps. Il en connait le début, mais plus trés souvent son aboutissement. Mets-le en position foetale pour le rassurer, caresse-lui les jambes pour qu'il retouve son sourire. Ca y est, il est calmé parce que tu lui a montré où son corps se terminait.

Fais lui écouter de la musique, ou pars simplement te balader. Effectivement, parfois les gens se retournent. Parce que Gaspard en poussette râle toujours un peu. Au début, parce qu'il est trop couvert ou a trop froid, aide-le à réguler sa température avec plus ou moins d'épaisseur. Ensuite, parce qu'il respire un peu fort. Réponds gentiment qu'il est malade ou ne réponds pas. Regarde-le, observe-le, aime-le. Lui te dit qu'il est là.

Gaspard déteste avoir le ventre vide, alors il ne refusera jamais une bonne Danette Caramel ou du tartare aïl et fines herbes... Un p'tit filon de toi à moi ;-)

Gaspard s'abreuvera de ta force. Et si certaines fois, tu es moins fort (car ça peut arriver), explique-lui que ce n'est pas à cause de lui.

N'hésites pas à faire appel à nous, même si on ne peut pas toujours venir. Quelle joie d'être au milieu de vous. Evidemment, sa différence se fera sentir quand nous atteindrons les limites du bien-être de Gaspard. Nous n'aurons pas gagné  mais nous aurons participé.

Ne passe pas à côté de lui, ou alors imagine-toi à sa place.

A toi! Viens, approche-toi!

Es-tu prêt?

 

(Et si tu n'es pas prêt, car tu ne l'as pas encore accepté, crois que ton tour viendra, et le prochain sera toi!)