Quand j’étais tout petit, mon papa disait : « il prend son temps ». 

Puis est venu le jour d’une grande réunion avec les médecins. On nous a dit que j’étais très malade. Ma maladie ne se soignait pas, mon cerveau ne guérirait jamais. Un jour, je mourrai.
Il est resté impassible, stoïque, pour mieux cacher son bouleversement intérieur face à cette annonce.
Moi, Gaspard : enfant différent. 
Il a eu, lui aussi, à faire le deuil d’un enfant « normal », celui dont il avait toujours rêvé. Le tsunami de la nouvelle de mon handicap s'est fait chez mon papa, silencieusement, mais avec violence. Les signes extérieurs étaient quasi-invisibles. Mon papa pleurait sans bruit. Mon papa, confronté à ma maladie, a essayé d’évacuer sa colère, de se concentrer avec application sur d’autres activités. Il a eu besoin de temps pour accepter. Il s'est recroquevillé pour puiser de la force. Il a cherché son courage. Il a attendu patiemment d’être vaillant. Il a eu besoin de temps.
Il a listé les choses une à une, il a mis des mots sur l’indicible;
Accepter de ne jamais jouer au ballon avec moi, accepter son impuissance, accepter de ne pas pouvoir me guérir, accepter d’avoir un enfant à entourer sur un chemin de souffrance, accepter les difficultés, accepter que je ne le vois plus. 
Dire oui à l’Epreuve.
Et mon papa a dit « OUI », il a bien voulu que je sois comme je suis. Avec mes handicaps, mes papiers et dossiers infinis, mes soignants au chevet de mon lit, et mon existence toute riquiqui.
Il vient souvent m’embrasser et respirer mon odeur, il s’enivre de moi-même, et j’en suis assez fier. 
Mon papa me fait sourire, et j’aime le son de sa voix. Mon papa me fait moins rire lorsqu’il change ma couche. C’est différent d’avec maman, mais j’aime bien.
Il est trop fort mon papa !
Je le remercie de m’accepter ainsi. Il a ouvert les yeux sur la fragilité de l’existence. Il me dit toujours que je suis son Essentiel. Papa a compris que ma vie vaut de l’or, parce qu’elle aide à tous nous grandir et à nous élever. Non pas que vous ne soyez pas polis, mais plutôt parce qu’elle aide à nous tirer vers le haut.
Il a son cœur rempli d’Amour et j’aime ça !
Il est trop fort mon papa !
Et je l'aime

A mon papa, à tous les papa,

Gaspouille, ta fripouille !
(Avec l'aide de la plume de ma maman)

publié sur la page Facebook "Gaspard entre Terre et Ciel"